Le 16 est la journée la plus chargée du matsuri. En effet, c'est aujourd'hui que la divinité Wakamiya va être transférée sur le site de Otabisho (l'endroit du voyage) pour profiter pendant une journée de chants, danses et prières.

Les cérémonies à divers endroits de Nara sont nombreuses aujourd'hui et il est impossible d'assister à toutes, je me suis donc concentrée sur les plus importantes. Tout commence donc par une prière au Kasuga Taisha, accompagnée de musique jouée au sasara. Puis les pretres se dirigent vers l'endroit où réside le dieu Wakamiya.


Les pretres jouent du sasara


En route pour le lieu de résidence du dieu Wakamiya

Arrivés sur place, ils vont à nouveau prier, chanter et danser. Ils procéderont aussi au shinsen qui consiste en apporter des offrandes de nourriture au dieu (deuxième vidéo). Tout ceci dans le cadre du mitobiraki (ouverture de la porte) qui va permettre à la divinité d'être transférée dans la nuit vers le Otabisho.



Une fois cette cérémonie finie, il ne reste plus qu'à attendre minuit pour assister au transfert du dieu Wakamiya. C'est donc l'occasion de tester une nouvelle spécialité japonaise, le nabe avec Midori et ses amies. Dans une grosse marmitte en terre (nabe en japonais) on fait cuire dans du bouillon toutes sortes de choses à sa convenance. Ici nous avons mangé des poireaux, des champignons, du chou, des carottes, du poulet, des boulettes de viande, des boulettes de crevettes, et comme accompagnement des mochi, des udon (nouilles épaisses), et des maroni (sorte de nouilles). Comme tout ça ne peut pas rentrer en une seule fois, on procéde à plusieurs fournées, chacune ayant un accompagnement différent : la première fois on ne mettra rien, la deuxième fois des maroni, la troisième fois des mochi et la quatrième fois des udon (on peut finir aussi avec du riz).


Miya et Tomoko préparent la première fournée


Cette fois ci c'est au tour des maroni

Après s'être bien rempli la panse, il est temps de retourner dans le froid. C'est pourquoi nous nous équipons des précieux kairo qui tiendront quelques parties de notre corps au chaud.


Je sais pas comment ça marche mais ça tient chaud et c'est le principal

A la lueur de la lampe de poche de Miya nous avançons dans l'obscurité pour nous rendre dans l'allée où aura lieu le senkô no gi, la cérémonie du transfert du dieu Wakamiya de sa demeure située à côté de Kasuga Taisha au Otabisho où une nouvelle demeure a été spécialement construite pour l'occasion.

La foule est allignée des deux côtés de l'allée, toute source de lumière est interdite, de même que les téléphones portables pour éviter toute nuisance lumineuse ou sonore. De même, par respect pour le dieu qui va être transféré, caméras et appareils photo sont prohibés. Nous attendons donc dans le noir total, et presque dans le silence total. Soudain on entend au loin résonner un taiko. Puis on voit arriver un groupe d'hommes trainant des deux côtés de l'allée des fagots de branches de cyprès auquel on a mis le feu pour créer un sillage de feu des deux côtés de l'allée.

Puis un groupe de pretres et de musiciens arrivent. Il est difficile de décrire l'ambiance de cette cérémonie mais je peux vous dire que c'était vraiment très impressionnant. On se serait cru revenus à des temps anciens, dans la foule pas un bruit, et pour cause, le cortège était vraiment imposant. Imaginez, après le passage déja impressionnant d'hommes tirant des fagots en feu vous entendez se rapprocher un groupe d'ombres éclairées par quelques torches. Dans ce groupe vous entendez une musique étrange, comme sortie de nulle part, de temps en temps résonne le bruit sourd du taiko, et un groupe de pretres, dont le visage est caché, tient une note de façon monotone et sans interruption, ce qui est vraiment flippant. Pour faire une analogie un peu déplacée, on aurait cru une armée de zombies. Vous savez, ce hurlement sinistre qu'ils font. Et bien c'était un peu la même chose, mais en plus flippant.

Au passage du cortège les spectateurs s'inclinaient chacun leur tour pour montrer le respect au dieu, puis la foule a suivi le cortège jusqu'au Otabisho où ont eu lieu prières, chants et danses dans le cadre de la cérémonie de l'Akatsuki. J'ai eu un bol monstre et ai eu une place sur le devant, avec un vue dégagée sur la scène pour bien profiter du spectacle. Une fois fini, nous n'avions plus qu'à rentrer, transies de froid malgré les kairo.

Impossible de prendre des photos, j'étais sans arret bousculée par la foule, et de toute manière je voulais profiter pleinement du spectacle. J'ai cependant pris, avant que la foule n'arrive, quelques photos du Otabisho.


La demeure provisoire du dieu, la scène et les taiko géants


Un des deux énormes taiko

Que dire si ce n'est que c'est une des plus belles expériences que j'aie eu au Japon. Je pense qu'il sera dur de trouver un autre matsuri plus intense et plus beau. En tout cas celà tombait à point nommé dans une période de déprime de fin d'année, le genre de moment où on se dit qu'on serait mieux chez soi qu'au Japon pour les fêtes de fin d'année. Là je suis regonflée jusqu'au nouvel an, et le matsuri n'est même pas encore fini !