La note d'aujourd'hui est surement la plus difficile que j'aurai jamais à écrire. Je l'appréhendais, je faisais tout pour retarder ce moment, mais il fallait bien que j'en parle un jour ou l'autre.

Quitte à aller à Miyajima, autant faire un tour à Hiroshima aussi. Disons juste que c'est beaucoup moins amusant et magique que l'île verdoyante et son torii dans l'eau. Direction donc le musée de la paix de Hiroshima dédié au bombardement du 6 août 1945 qui a scellé le sort de plus de personnes qu'on ne le pense.


A l'entrée du musée une horloge affiche le nombre de jours depuis le bombardement et depuis le dernier essai nucléaire

Je ne vais pas faire un cours d'histoire ni décrire tout ce qu'on peut découvrir (avec horreur) dans ce musée, mais sachez que je n'étais déja pas fan des américains de base, mais que là je les aime encore moins. Je savais déja que Nagasaki n'avait été bombardée que dans le but de montrer aux russes qui se faisaient menaçants (pour les USA) que les américains avaient la plus grosse et qu'il ne fallait pas les chercher. Ce que j'ignorais par contre c'est que les américains avaient une deuxième "bonne" raison de bombarder Nagasaki : tester un autre type de bombe, comme un enfant teste un jouet. Ce que j'ignorais aussi, c'était pourquoi ils avaient choisi Hiroshima.

Pendant la guerre, Hiroshima était une des villes les plus modernes du Japon et abritait quelques installations militaires. Jusque là pas grand chose qui la distingue d'autres grandes villes japonaises. La différence c'est qu'il n'y avait pas de prisonniers de guerre. Enfin pas de prisonniers américains ou anglais. Parce que des prisonniers de guerre il y en avait : il y avait des coréens et des chinois qui étaient obligés de travailler pour le Japon. Mais bon pour les américains ce n'était sans doute pas la même chose ...

Dans la liste des villes-sans-prisonniers-de-guerre-anglophones il y avait aussi Kokura et Niigata. Sauf que le 6 août 1945 les conditions météo étaient meilleures à Hiroshima. Une bombe atomique arborant des insultes à l'encontre des japonais écrites par des soldats américains a donc explosé à 600 mètres du sol, pile dans l'axe d'un hopital (comme quoi en 60 ans ils n'ont toujours pas fait de progrès pour viser). La cible était un pont reliant la ville à une île, pont tout proche du point d'explosion, mais qui a pourtant été une des rares structures à ne pas avoir cillé. Ironique non ? En même temps après l'explosion de la bombe il n'y avait plus grand monde pour l'emprunter ce pont ...


Avant le bombardement


Après le bombardement

Je vous passe plein d'autres petits détails vraiment écouerants qu'on peut lire là bas dans les copies de documents officiels, mais croyez moi ça prend aux tripes. Mais ce n'est pas fini, ce n'est que le rez de chaussée. A l'étage on peut voir l'après-bombardement à travers photos, témoignages et objets retrouvés sur place. Notament des tenues d'écoliers en charpie, avec parfois la trace de bouts de chair calcinée.


Un volet sur lequel a ruisselée la fameuse pluie noire

Après la capitulation, des scientifiques américains sont venus voir les effets secondaires de la bombe. Ils n'étaient pas là pour soigner mais pour expérimenter. Expérimenter sur des gens qui ne comprenaient pas pourquoi, des mois après le bombardement, certains mourraient encore. Les survivant du bombardement sont appelés les hibakusha. Ces personnes ont subi des discriminations pendant longtemps car même s'ils n'étaient pas malades, leurs enfants pouvaient l'être. Ainsi des femmes ayant été irradiées par l'explosion et s'en étant sorties sans aucun dommage ont elles eu des années plus tard des enfants malformés, ayant une leucémie, ... Les hibakusha étaient donc mis sur liste noire par les agences de mariages arrangés (chose très fréquente au Japon à cette époque) car on n'était pas sûr que la descendance soit en bonne santé en se mariant à ces gens là.

Les japonais pourraient donc légitimement en vouloir aux américains pour cette tragédie, pour avoir servi de cobayes, pour avoir été humiliés et pour être encore occupés de nos jours vu qu'il subsiste quelques bases américaines. Et pourtant non, ils adorent les américains, sont fans de Disney et posent en souriant devant le monument aux morts de Hiroshima. Alors plus que ce pardon incroyable, ce que je ne comprends pas c'est que les autres pays, et je ne parle pas que de la Chine et de la Corée, en veulent toujours au Japon, ont cette idée de peuple barbare et belliqueux. Je ne vois pourtant pas de différence avec l'Allemagne nazie. Ils ont commis des atrocités et pourtant on leur a pardonné. Mais pas au Japon.

Suite à ça le Japon est devenu le seul pays au monde à ne pas avoir d'armée (offensivement parlant) et bon nombre de japonais militent encore aujourd'hui pour un monde sans arme nucléaire. Hiroshima bien entendu est une ville très engagée dans cette lutte. Ainsi, chaque fois qu'un essai nucléaire a lieu, le maire de Hiroshima envoie une lettre demandant au dirigeant du pays d'arrêter les essais et de renoncer au nucléaire. Et il y a beaucoup de lettres.


Quelques unes des lettres envoyées par le maire de Hiroshima dans les années 80

Hiroshima est donc devenue une ville symbolisant la paix dans le monde, un des symboles étant les grues en origami. La légende veut que si l'on arrive à plier 1000 grues, le voeu le plus cher sera exaucé. Ainsi Sadako Sasaki, une écolière irradiée et gravement malade, a-t-elle entrepris de plier 1000 grues en espérant guérir. Ca ne l'a pas empeché de mourir mais depuis cette anecdote, la grue en origami est devenue le symbole de la paix et on retrouve des guirlandes de grues un peu partout au Japon, notament dans les temples.


Des collégiens se recueillent devant le monument érigé à la mémoire de Sadako Sasaki



Des millions de grues du monde entier sont envoyées chaque année à Hiroshima

Autre symbole du bombardement : le genbaku dômu (dôme de la bombe), un bâtiment administratif situé non loin du point 0 et qui est resté miraculeusement debout (mais pas dans son intégralité). Les japonais ont décidé de garder cette ruine pour ne pas oublier la tragédie.


Le monument aux morts et le dôme



A part ce bâtiment, il ne restait plus grand chose debout. Il y avait notament un château féodal, comme à Himeji, qui n'a pas résisté à la puissance destructrice du souffle de la bombe. Il a été reconstruit dans les années 50.



Et pour finir sur une note légère, il y a à Hiroshima une spécialité culinaire appelée tout simplement hiroshima. C'est en fait un okonomiyaki mais avec beaucoup plus d'ingrédients. Il y a même un immeuble entier appelé Hiroshima Mura (le village des hiroshima) où on ne trouve que des restos proposant la spécialité du coin.


On mange à même la plaque chauffante

Dans le notre il y avait :
- pâte à crepe
- chou
- pousses de soja
- ciboule
- bacon
- mayonnaise
- fromage
- épices diverses
- crevettes
- oeuf
- gingembre mariné
- soba (nouilles au sarasin)
- sauce pour les yakisoba


Et c'était délicieux.

Même si je n'avais pas très faim ...