Au 8ème siècle, l'empereur Shômu, fervent partisan du bouddhisme qui est venu de Chine il y a peu, a fait construire le Tôdaiji qui abrite le Grand Bouddha de Nara. C'est pourquoi le 2 mai de chaque année, une cérémonie est tenue au Tôdaiji en l'honneur de l'empereur Shômu : le Shômutennôsai, ou Shômusai. Au programme un défilé en costumes et une prière au pied du Grand Bouddha.

Je n'ai malheureusement pas de photos du festival et ce pour une bonne raison : j'ai eu l'énorme chance de pouvoir participer au défilé. Il n'est déja pas facile pour les japonais de participer à ce genre d'événement, et donc encore moins pour une étrangère. Je me dois donc de remercier Mme Fujima, professeur de danse traditionnelle et une des préparatrices du défilé, Okada, une habituée des défilés en costumes et élève de Mme Fujima et Midori qui connait Okada.

Pas de photos du festival en lui même donc, mais des photos des coulisses du défilé. Tout commence à 9h hier, rendez vous devant la fac avec Midori pour se rendre au Tôdaiji. Comme nous sommes un peu en avance, Midori me montre une annexe du Tôdaiji qui n'est ouverte qu'une fois par an, à l'occasion du festival. Puis nous retrouvons les autres et partons pour quelques heures de préparatifs.


Le Tôdaiji et ses environs sont décorés de drapeaux



ban, drapeau utilisé dans les festivals



L'annexe visible une fois par an


Au départ, 10 jeunes filles ordinaires. La mission des 5 préparatrices est de les transformer en 3h en Monomôde onna ou hime sama, des artistes traditionnelles. Première étape : le maquillage. Plusieurs couches de cosmétiques sont passés sur le visage pour le blanchir, un peu de rouge sur les paupières et du mascara. Puis on nous met un kimono, sous lequel il y a deux sous kimonos.



Non je ne suis pas morte

Vient ensuite la coiffure : cheveux bien tirés en arrière et ajout d'une longue mèche de cheveux pour les rallonger. Les cheveux sont ensuite entourés d'une bande de papier elle même entourée d'une décoration en papier.



Ensuite on finalise le costume : on nous passe un lourd costume et on nous entoure les épaules d'une ceinture.



Après cette étape vient la pause déjeuner, que j'ai renommée "pause de l'angoisse". Vêtues de magnifiques costumes qui doivent de plus coûter très cher, il faut manger sans faire de tâches. Et ce n'est pas si évident que ça quand on porte quelques kilos de vêtements qui rendent les mouvements un peu plus compliqués. Malgré un moment de panique (un morceau de nourriture s'est échappé et a été retenu in extremis à mon menton), il n'y a pas eu de catastrophe.

On peut alors passer à la finalisation du maquillage : rouge à lèvres et noir sur les paupières. Puis on nous passe le kasa, chapeau à voile que je craignais lourd mais qui était en fait assez léger.




Photo du groupe habillé de main de maitre par Mme Fujima



Chaussées de nos sandales (forcément trop petites pour mes grands pieds qui ont souffert le martyre), nous sortons du bâtiment pour nous rendre au point de départ du défilé. Le temps est gris, on sent qu'il peut pleuvoir d'une minute à l'autre, et une brise fraiche souffle dans nos chapeaux que l'on doit retenir pour qu'ils ne s'envolent pas. Moi qui déplorais le temps frais ce matin, j'en suis finalement plus que satisfaite vu comme je crève de chaud sous mes 4 couches de vêtements.




Avec Midori et Okada

Vient le moment du défilé, nous devons marcher en ligne jusqu'au Tôdaiji, fort heureusement très proche du point de départ. Etant la plus grande, je suis placée en dernière et peste souvent contre la fille devant moi qui prend souvent du retard sur le reste du groupe parce qu'elle est plus occupée à poser pour son copain qu'à suivre le rythme. Elle se fait d'ailleurs rappeler à l'ordre quelques fois par une des préparatrice qui l'oblige alors à sprinter pour rattraper le groupe. Et marcher vite avec ces sandales trop petites et ce costume qui ne permet pas de mouvements amples, c'est vraiment pas coton. Autre obstacle : les marches. Descendre ça va, mais monter c'est beaucoup plus compliqué.

Arrivées au Tôdaiji, nous allons nous asseoir au pied du Grand Bouddha avec les personnes importantes. Après quelques prières accompagnées de musique traditionnelle, nous repartons du temple pour redevenir des jeunes filles du 21ème siècle, en prenant le temps de boire un thé en compagnie des autres membres du défilé avant de quitter l'enceinte du Tôdaiji.

Au final une très belle cérémonie au pied du Grand Bouddha à un emplacement VIP, le plaisir de porter un magnifique costume d'époque, bref un de ces souvenirs inoubliables qui ne me font pas regretter d'avoir attéri à l'université de Nara. Après cette journée éprouvante, nous avons fait une gyôza party (ravioles chinois) chez Okada et son copain. La soirée s'est terminée à 21h et j'avais l'impression qu'il était 2h du matin. Nous étions vraiment toutes épuisées mais très satisfaites de cette belle journée.