lundi 16 juin 2008

Savez-vous planter le riz ?

En ce moment nous sommes en pleine saison des pluies. Et qui dit saison des pluies dit pluies diluviennes. Et qui dit pluies diluviennes dit rizières qui se remplissent. C'est donc aussi la saison de repiquage du riz, le taue. Pour avoir de bonnes récoltes, des matsuri ont lieu par ci par là. J'ai décidé de me rendre au sanctuaire de Sumiyoshi à Osaka le 14 juin pour assister au taue matsuri.

Chers lecteurs, ceci est un miracle : je ne me suis pas perdue pour y aller ! J'ai trouvé la bonne ligne de train du premier coup, je ne me suis pas trompée de train, et je suis arrivée avec pas mal d'avance comme prévu pour avoir le temps de prendre des photos du sanctuaire qui ma foi est bien sympathique. Je suis bien contente que le matsuri m'ait fait découvrir ce sanctuaire "paumé" comme dirait Midori.






Le responsable radieux de la vache


Une cabine téléphonique "shintô", ligne directe avec les dieux ?






La rizière du sanctuaire prête pour les événements de l'après midi

J'étais placée avec les spectateurs "non payants" au bord de la rizière, me demandant si j'allais réussir à bien voir les danses sur l'estrade un peu éloignée quand un papi photographe vient se placer à côté de moi et me tend, après avoir préparé tout son matos, un ticket jaune permettant de s'asseoir et d'avoir une meilleure vue sur l'estrade. J'ai pas trop compris pourquoi il n'en a pas lui même profité mais après l'avoir innondé de remerciements, je suis allée me placer à l'ombre, sur une chaise, tout près de l'estrade. Vive les papis photographes !

Alors le taue matsuri, comment ça marche ? Déja une vache de 2 ans qui a été entrainée spécialement pour l'occasion défile autour de la rizière, accompagnée par le monsieur joyeux, puis va labourer une partie de la rizière plus ou moins contre son gré malgré l'entrainement (ils ont dû s'amuser d'ailleurs). Puis les protagonistes en costume défilent à leur tour autour de la rizière.


Est-il aussi heureux parce qu'il ne va pas se casser le dos à repiquer le riz ?























Le calme avant la tempête

Une fois le défilé terminé, un petit coup de prière pour marquer le début des festivités, puis les chants et danses vont s'enchainer sur l'estrade et autour de la rizière tandis que des hommes (en jaune) et des femmes (en rouge) repiquent le riz dans la rizière.


Prêtres shintô faisant la prière d'ouverture


Derniers instants de repos pour les repiqueurs de riz


Les repiqueuses viennent présenter leurs respects aux dieux avant d'aller bosser



Et c'est parti !




Dites donc les gars et si vous faisiez au moins semblant de bosser par solidarité ?




Non mais !




"Ben ma pauv' Ginette on est pas rendues !











Mission accomplie !


Après l'effort, le réconfort


Danse finale


Pour la danse de cloture, interprêtée par des jeunes filles allant d'une quizaine d'années à 5/6 ans, il est amusant de constater que plus on avance dans la ronde (et donc que plus l'âge descend), et plus ça devient du grand n'importe quoi sur le rythme, la chorégraphie et même les distances.



Et voilà, le taue matsuri est terminé et les figurants, notamment les repiqueurs, peuvent rentrer chez eux pour un repos bien mérité. Mardi c'est moi qui m'y colle pour le yuri matsuri (festival des lys) à Nara, priez le dieu de la météo pour qu'il fasse beau (même si ça veut dire qu'il fera 30°C et assez humide et que donc je vais perdre 3 litres d'eau).


Une ptite bière bien fraîche et au lit !

dimanche 18 mai 2008

Galère en barque

Pour clore cette semaine riche en matsuri il y avait le Mifune Matsuri à Kyôto, et plus précisemment à Arashiyama (qui est un de mes coins préférés de Kyôto). Le troisième dimanche de mai, le sanctuaire de Kurumazaki organise depuis près de 1000 ans ce matsuri qui était à l'origine préparé pour l'Empereur lorsqu'il se rendait dans ce coin de Kyôto. Trois bâteaux (mifune en japonais) ayant chacun leur spécialité naviguent sur la rivière Oigawa, accompagnés d'une dizaine d'autres bâteaux. L'un transporte des musiciens, un autre des poètes, et le dernier des danseuses.

Avant d'embarquer, les figurants se rendent au sanctuaire pour une cérémonie, puis défilent sur le pont Togetsukyo. En plus des trois bâteaux transportants les artistes et des autres bâteaux transportant figurants et touristes qui ont les moyens, il y avait la possibilité de louer une barque pour naviguer en compagnie des majestueux bâteaux. Du coup c'était quelque peu le bazar sur la rivière.

J'ai donc loué une barque et l'entreprise fut assez périlleuse. En effet, il n'est pas aisé de ramer et de prendre des photos en même temps. Il fallait éviter de rentrer dans les autres nombreuses barques mais aussi faciliter le passage des gros bâteaux qui avaient priorité (certains "conducteurs" de bâteaux nous repoussaient parfois violemment avec leur perche en pestant contre ces satanés barques qui pourraient faire l'effort de se pousser). A un moment, poussée par une bourrasque, je me suis retrouvée malgré moi entourée de tous les bâteaux et me suis fait ejecter à coups de perche dans mon frêle esquif. J'avais une vue imprenable sur les bâteaux et aurais voulu prendre plein de photos mais j'ai été obligée de manoeuvrer avec difficulté pour dégager le passage


Deux des trois bâteaux



Les figurants défilent sur le pont avant d'embarquer



Le bâteau des poètes































La location de ma barque touchant à sa fin, j'ai zig zagué entre les bâteaux pour retourner à l'embarcadère. J'étais tellement concentrée que je n'ai pas vu que les figurants jetaient leurs éventails en papier dans la rivière pour que les gens les récupèrent. Ce n'est qu'une fois débarquée que je m'en suis aperçue avec regret, et je que regardais avec envie tous les gens encore dans leur barque ramasser les éventails qui flottaient sur l'eau.


Récupération des éventails avant de les jeter à l'eau



"chérie j'ai une prise !"


Un jeune couple qui en avait ramassé 3 en a donné un à une mamie qui remarquait juste que celui avec des motifs de sakura était très beau. Je me dis alors que j'ai peut être une chance d'en récupérer un et après de longues négociations avec moi même, je prends mon courage à deux mains et aborde une femme qui en avait récupéré au moins sept.

- Excusez moi ... est ce que vous accepteriez de me vendre un de vos éventails ?
Elle se retourne vers son mari avec un air d'incompréhension sur le visage.
- Elle veut que je lui en vende un ...
- En fait j'étudie les matsuri et ce ne sont pas des éventails ordinaires donc ...
Elle me coupe la parole.
- Si ils sont ordinaires
J'avoue avoir été un peu déroutée par sa réponse. Si je voulais un éventail ordinaire en papier je m'enquiquinerais pas à acheter un éventail qui a pris l'eau ... Les éventails qu'elle a ramassé n'ont ils aucune signification à ses yeux ? Heureusement son mari est plus gentil qu'elle et propose de me donner le moins beau, celui qui a le plus souffert de l'eau. Mais ça m'arrange, au contraire ! Je réussis donc à repartir toute contente avec mon éventail à moitié déchiqueté et m'étonne moi même d'avoir osé faire une telle demande.


Mon trophée !

Alors que je m'éloigne du lieu du matsuri, je décide de prendre quelques photos de Arashiyama et un papy photographe me rassure en me disant à quel point il m'envie d'avoir récupéré un éventail. Ouf, je ne suis pas la seule folle pour laquelle ça ait une signification !









samedi 17 mai 2008

Saleté de canard

Parmi les 3 grands festivals de Kyôto, il y a le Aoi Matsuri qui se déroule le 15 mai de chaque année. Heureusement que la princesse Chujo n'est pas morte un jour plus tard sinon j'aurais eu bien du mal à choisir.

Les origines du Aoi Matsuri remontent au 6ème siècle, période de mauvaises récoltes dues à de nombreuses tempêtes. L'empereur Kimmei demanda donc à ce que les dieux soient interrogés et il appris que leur colère était dûe au peu de ferveur religieuse des japonais à leur égard. Pour les calmer, l'empereur envoya un messager accompagné d'un cortège aux sanctuaires situés en amont et en aval de la rivière Kamogawa (qui peut se lire "la rivière du canard"), respectivement les sanctuaires Kamigamo et Shimogamo.

Depuis, le festival a lieu tous les ans. Le cortège est composé de quelques 500 figurants, dont le fameux messager et la princesse impériale. Pour l'anecdote, la figurante jouant ce rôle est choisie parmi les femmes non mariées de Kyôto et doit porter la tenue traditionnelle qui consiste en un kimono de 12 épaisseurs et qui pèse dans les 30 kilos. Le festival doit son nom aux fleurs (ou juste les feuilles) que portent les figurants et les boeufs, les aoi (roses trémières).

Le défilé part du palais impérial pour arriver au premier sanctuaire, le Shimogamo. Après quelques prières et une pause bien méritée pour les participants, le cortège repart en direction du sanctuaire Kamigamo.

Pour ma part j'avais décidé de me rendre assez tôt au Shimogamo pour avoir le temps de repérer les lieux, de me trouver une bonne place pour l'arrivée du cortège à 11h40 et d'avoir une chance de voir les prières. A 10h je suis donc en gare de Kyôto, il me reste 1h40 pour arriver sur place, ça devrait le faire. Bon je crois que tout le monde a compris depuis le temps, je crois que Kyôto est vraiment la ville où je me paume le plus au monde. Je descends à une station de métro non loin de la rivière, sauf qu'une fois dehors, pas un seul plan n'indique où est cette foutue rivière.

A force de tourner en rond je prends un bus m'amenant non loin du sanctuaire et arrive sur place à 12h (no comment). Le cortège a commencé à arriver au sanctuaire, mais je me retrouve en toute fin de parcours, là où les figurants sont déja en pause, descendus de cheval, ... J'apprends au même moment que la cérémonie du sanctuaire n'est pas accessible, il ne me reste donc plus qu'à aller me poster dans l'avenue pour attendre le départ du défilé prévu à 14h30.


C'est la pause, le père de Maya l'abeille en profite pour passer un coup de fil


Dures dures les manoeuvres dans les bois


On prend les mêmes 2h plus tard et on recommence




Le père de Maya est plus assidu cette fois



















La princesse au gros poids











Au final je suis un peu déçue du festival qui est très court, les figurants mettant à peine 30 minutes pour tous passer. Ce qui m'intéressait le plus était tout le cérémonial au sanctuaire auquel je n'ai pu assister. En plus je me suis aperçue qu'il y avait eu des événements les jours précédents, notamment du yabusame, tir à l'arc traditionnel à dos de cheval, chose que je n'ai jamais réussi à voir. Et evidemment j'ai mis 3 plombes à retourner à la gare parce que les bus étant le seul moyen de transports en commun dans le coin et le traffic étant plus ou moins paralysé, j'ai bien galérer pour rentrer.

*** BONUS ***


Qui dit chevaux et boeufs dit caca sur la route. Deux groupes de figurants sont donc chargés de nettoyer les dégats le plus vite possible, sous l'oeil amusé des spectateurs et des autres figurants qui sont quand même de beaux salauds de se moquer ainsi de leurs petits camarades.


jeudi 15 mai 2008

Collection automne-hiver 2008

Hier avec Midori nous nous sommes rendues au temple de Taima, dans la préfecture de Nara. Ce temple est connu pour la légende de la princesse Chujo. Au 8ème siècle, alors que Nara était la capitale du Japon, la princesse Chujo s'est rendue au temple excentré de Taima et est devenue religieuse bouddhiste (il existe un équivalent féminin à "bonze" ?). Bouddha aida la princesse à tisser un mandala sur lequel sont inscrits tous ses enseignements (ceux de Bouddha, pas de la princesse). Chaque année se déroule le 14 mai, date anniversaire de la mort de la princesse, la Neri Kuyo Eshiki, une cérémonie en l'honneur de la princesse Chujo.

Là, des personnes déguisées en bodhisttvas défilent sur une passerelle en bois bâtie entre la partie Ouest et la partie Est du temple. Pour les japonais bouddhistes, les morts partent vers l'Inde (patrie originelle du bouddhisme) pour se rendre au paradis bouddhiste, le Gokuraku. C'est pourquoi le défilé part du bâtiment Ouest pour aller vers l'Est, symbolisant le retour sur terre de la princesse.



La princesse est transportée à l'Est



Avant que le défilé ne continue, les bonzes vont prendre place dans une tribune à l'Ouest












Les personnes défilant en costume de divinités bouddhiques ne voient quasi rien, c'est pourquoi elles sont accompagnées d'un guide leur évitant de se vautrer dans la foule. Seules deux divinités (qui ont toute mon admiration) avancent à l'aveuglette, qui plus est en effectuant une espèce de danse aux mouvements amples.


Les deux divinités dansantes ouvrent le chemin du retour









Me fais pas de mal monsieur j'ai rien fait !
















Jolies baskets















La princesse rentre au bercail

samedi 3 mai 2008

Shômusai

Au 8ème siècle, l'empereur Shômu, fervent partisan du bouddhisme qui est venu de Chine il y a peu, a fait construire le Tôdaiji qui abrite le Grand Bouddha de Nara. C'est pourquoi le 2 mai de chaque année, une cérémonie est tenue au Tôdaiji en l'honneur de l'empereur Shômu : le Shômutennôsai, ou Shômusai. Au programme un défilé en costumes et une prière au pied du Grand Bouddha.

Je n'ai malheureusement pas de photos du festival et ce pour une bonne raison : j'ai eu l'énorme chance de pouvoir participer au défilé. Il n'est déja pas facile pour les japonais de participer à ce genre d'événement, et donc encore moins pour une étrangère. Je me dois donc de remercier Mme Fujima, professeur de danse traditionnelle et une des préparatrices du défilé, Okada, une habituée des défilés en costumes et élève de Mme Fujima et Midori qui connait Okada.

Pas de photos du festival en lui même donc, mais des photos des coulisses du défilé. Tout commence à 9h hier, rendez vous devant la fac avec Midori pour se rendre au Tôdaiji. Comme nous sommes un peu en avance, Midori me montre une annexe du Tôdaiji qui n'est ouverte qu'une fois par an, à l'occasion du festival. Puis nous retrouvons les autres et partons pour quelques heures de préparatifs.


Le Tôdaiji et ses environs sont décorés de drapeaux



ban, drapeau utilisé dans les festivals



L'annexe visible une fois par an


Au départ, 10 jeunes filles ordinaires. La mission des 5 préparatrices est de les transformer en 3h en Monomôde onna ou hime sama, des artistes traditionnelles. Première étape : le maquillage. Plusieurs couches de cosmétiques sont passés sur le visage pour le blanchir, un peu de rouge sur les paupières et du mascara. Puis on nous met un kimono, sous lequel il y a deux sous kimonos.



Non je ne suis pas morte

Vient ensuite la coiffure : cheveux bien tirés en arrière et ajout d'une longue mèche de cheveux pour les rallonger. Les cheveux sont ensuite entourés d'une bande de papier elle même entourée d'une décoration en papier.



Ensuite on finalise le costume : on nous passe un lourd costume et on nous entoure les épaules d'une ceinture.



Après cette étape vient la pause déjeuner, que j'ai renommée "pause de l'angoisse". Vêtues de magnifiques costumes qui doivent de plus coûter très cher, il faut manger sans faire de tâches. Et ce n'est pas si évident que ça quand on porte quelques kilos de vêtements qui rendent les mouvements un peu plus compliqués. Malgré un moment de panique (un morceau de nourriture s'est échappé et a été retenu in extremis à mon menton), il n'y a pas eu de catastrophe.

On peut alors passer à la finalisation du maquillage : rouge à lèvres et noir sur les paupières. Puis on nous passe le kasa, chapeau à voile que je craignais lourd mais qui était en fait assez léger.




Photo du groupe habillé de main de maitre par Mme Fujima



Chaussées de nos sandales (forcément trop petites pour mes grands pieds qui ont souffert le martyre), nous sortons du bâtiment pour nous rendre au point de départ du défilé. Le temps est gris, on sent qu'il peut pleuvoir d'une minute à l'autre, et une brise fraiche souffle dans nos chapeaux que l'on doit retenir pour qu'ils ne s'envolent pas. Moi qui déplorais le temps frais ce matin, j'en suis finalement plus que satisfaite vu comme je crève de chaud sous mes 4 couches de vêtements.




Avec Midori et Okada

Vient le moment du défilé, nous devons marcher en ligne jusqu'au Tôdaiji, fort heureusement très proche du point de départ. Etant la plus grande, je suis placée en dernière et peste souvent contre la fille devant moi qui prend souvent du retard sur le reste du groupe parce qu'elle est plus occupée à poser pour son copain qu'à suivre le rythme. Elle se fait d'ailleurs rappeler à l'ordre quelques fois par une des préparatrice qui l'oblige alors à sprinter pour rattraper le groupe. Et marcher vite avec ces sandales trop petites et ce costume qui ne permet pas de mouvements amples, c'est vraiment pas coton. Autre obstacle : les marches. Descendre ça va, mais monter c'est beaucoup plus compliqué.

Arrivées au Tôdaiji, nous allons nous asseoir au pied du Grand Bouddha avec les personnes importantes. Après quelques prières accompagnées de musique traditionnelle, nous repartons du temple pour redevenir des jeunes filles du 21ème siècle, en prenant le temps de boire un thé en compagnie des autres membres du défilé avant de quitter l'enceinte du Tôdaiji.

Au final une très belle cérémonie au pied du Grand Bouddha à un emplacement VIP, le plaisir de porter un magnifique costume d'époque, bref un de ces souvenirs inoubliables qui ne me font pas regretter d'avoir attéri à l'université de Nara. Après cette journée éprouvante, nous avons fait une gyôza party (ravioles chinois) chez Okada et son copain. La soirée s'est terminée à 21h et j'avais l'impression qu'il était 2h du matin. Nous étions vraiment toutes épuisées mais très satisfaites de cette belle journée.