Il y a quinze jours, l'année scolaire a commencé au Japon. C'est donc la période des repas de début d'année, des discours de présentation à gogo (5 en une semaine, j'en ai ras le popotin des présentations) mais aussi des sorties d'intégration. Ainsi, après avoir eu le repas d'intégration de la section d'histoire ancienne vendredi soir, hier j'avais la sortie d'intégration (de la même section). Au programme la visite d'un sanctuaire et une balade dans la campagne japonaise jonchée de kofun.
Les kofun, comment ça marche ? Et surtout qu'est ce que c'est ? La définition scientifique dirait que les kofun sont des monuments funéraires mégalithiques japonais de la proto-histoire. A mes souhaits. Je dirais plus simplement que ce sont un peu les équivalents des pyramides égyptiennes, mais en plus récent. Et avec de l'eau autour. Enfin pas toujours. Bref, un kofun c'est une tombe, et cette tombe c'est un gros tas de terre sur lequel on a planté des arbres. Et parfois on a creusé un étang autour de cette tombe.
La forme la plus commune des kofun est la forme dite "en trou de serrure" (je ne vous explique pas pourquoi, ça me parait évident) mais il en existe d'autres beaucoup moins sympas et plus rares que je ne présenterai pas ici parce que j'en ai pas sous la main. Les kofun ont même donné leur nom à une période historique, la période de kofun justement (3ème siècle au 7ème siècle en gros).
Alors bien entendu, n'importe qui ne pouvait pas se payer un kofun pour ses vieux os, c'était réservé aux empereurs et à la noblesse (ceux des empereurs étant bien sûr plus impressionnants). Comme souvent, la tombe était ornée d'objets en tous genres pour accompagner le défunt mais aussi pour protéger les vivants de l'esprit du mort (encore que pour ce point ça reste ambigu).
Le problème c'est qu'un kofun ça prend de la place, et qu'au train où ça allait certaines régions du Japon allaient plus ressembler à un gruyère (enfin je devrais plutôt dire un emmental vu que le gruyère n'a pas de trous) qu'à autre chose. Il a donc été décrété que désormais, pour reposer en paix, les nobles feraient comme tout le monde et auraient une tombe classique. Non mais.
Une des régions où l'on trouve le plus de kofun est le Kansai (pour ceux qui ne suivent pas, je suis en plein dedans). Il n'y a qu'à voir une image satellite des environs de Nara pour comprendre pourquoi ils ont interdit cette pratique. Et encore, là où on était hier, c'était pire, mais comme c'est un trou paumé, les images satellites ne sont pas assez précises pour que je vous montre.

Saurez vous retrouver les 5 kofun ?
Hier donc, nous nous sommes rendues au kofun de Kurotsuka, kofun sur lequel on peut grimper dessus (mais pas rentrer à l'intérieur, on ne peut le faire que dans de très rares kofun) et même pique-niquer (et ça fait bizarre de se dire qu'on mange un sandwich sur une tombe géante). Puis nous avons fait un tour dans les environs pour voir d'autres kofun.

Point culminant du kofun de Kurotsuka

Du kofun de Kurotsuka on peut en apercevoir un autre au loin
En chemin, nous avons aperçu deux kofun d'empereurs. Qu'est ce qui les différencie des autres ? Tout d'abord il y a un torii à l'entrée. Pour les observateurs, vous pourrez remarquer une petite différence avec les torii classiques des sanctuaires : la partie supérieure est plus simple, et surtout elle est ronde. C'est la spécificité des torii marquant l'entrée des kofun impériaux.

Kofun impérial et surtout inviolable

Le torii indiquant qu'il s'agit d'un kofun impérial
Autre particularité, le statut de ces kofun. En effet, le visiteur lambda ne peut pas l'approcher, ce qui parait logique. Mais même les archéologues ne peuvent faire de recherches comme ils le feraient sur n'importe quel kofun. Ces kofun là sont inviolables, sacrés, et c'est uniquement en cas de restauration qu'un chercheur pourra pénétrer sur la tombe sacrée.
Mais le gros problème des kofun c'est qu'il y en a tellement qu'au bout d'un moment on devient un peu parano et qu'on voit des kofun là où il n'y a qu'une colline boisée.

Au loin on aperçoit le torii géant du sanctuaire de Oomiya

Midori et Tsuchi fusionnent sur un kofun. Ou sur une colline.

On trouve beaucoup d'étangs artificiels dans la campagne pour l'irrigation des rizières
Après cette balade campagnarde, nous sommes allées au Oomiya jinja (le sanctuaire du grand dieu), un des sanctuaires les plus vieux du Japon. Il se peut même que ce soit le plus vieux du Japon mais j'avais beau être entourée d'étudiantes en histoire ancienne, elles n'étaient pas foutues de se mettre d'accord sur ce point. On dira donc que c'est un des plus anciens. Idem pour son torii, pas moyen d'avoir de réponse définitive, on dira donc que c'est un des plus grands du Japon.

L'imposant torii marquant le début du domaine du sanctuaire

Un torii plus modeste marque l'arrivée au sanctuaire en lui même
Je ne sais pas trop de quoi le sanctuaire a été victime (surement le classique combo incendie + séisme) mais les bâtiments sont relativement récents. Le petit groupe, après avoir fait une prière au maître des lieux, s'est ensuite précipité pour acheter des omikuji (prédictions).

Une miko passe furtivement pendant la prière

Bon ou mauvais présage ?

Tsuchi se débarasse de son mauvais présage en le nouant à un fil
Après le sanctuaire de Oomiya, nous nous sommes dirigées vers un autre petit sanctuaire, passage quasi obligé pour des étudiantes : un sanctuaire dédié à la sagesse et où une prière peut rapporter un peu plus d'intelligence. Là bas, les ema (plaquettes sur lesquelles on écrit ses voeux) sont en forme de hibou et on peut y lire les voeux de réussite aux examens de diverses universités de la région, dont la notre.

Certains attachent leur ema à des endroits dangereux en espérant avoir un meilleur taux de réussite aux examens ?

Coucher de soleil sur la montagne et le torii géant
Après cette journée chargée passée sous un grand soleil (sauf sur la fin), j'avais attrapé une petite insolation, donc mal de crâne et fièvre. Le cerveau a doublement chauffé puisque j'ai passé la journée à jongler entre l'anglais (pour parler avec la nouvelle élève bulgare) et le japonais. Résultat en rentrant, mon cerveau avait complétement fondu et les neurones étaient tout mélangés, si bien que je n'arrivais plus à penser en français mais uniquement dans un japanglais étrange. Ce qui est assez destabilisant, il faut bien l'avouer.